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Réemploi

Une deuxième vie pour les combis

05/10/2012 | Stéphanie Lechêne
Que faire des combinaisons de surf ou de voile en fin de vie ? Des bracelets et des portes-clés ! C'est la bonne idée de Sandrine Muller concrétisée en 2009 avec l'association Néocombine. Donner une deuxième vie aux combinaisons, c'est éviter une mise en décharge ou une incinération en l'absence d'une filière de recyclage adaptée. 

"Nos déchets sont nos ressources"
Les combinaisons sont fabriquées en Néoprène. Ce composant est aussi une marque déposée par un grand groupe de chimie pétrolière. Son nom technique est chloroprene-butadiène-caoutchouc, chimiquement à mi-chemin entre le pneu et le plastique. Autant le dire clairement, mis en décharge il ne se dégradera jamais, et incinéré il dégage du monoxyde de carbone et des fumées irritantes épaisses et hautement toxiques…

Bref, le Néoprène ne se recycle pas, du moins tant que les industriels ne seront pas dans l'obligation de lui trouver une filière de retraitement.
Aujourd'hui, 32 tonnes de déchets de combinaisons en Néoprène sont en circulation dans le monde. Et sa production va s'accroître car de plus en plus de pays s'ouvrent à la pratique de sports nautiques.

De plus, Sandrine observe que les combis sont victimes d'une obsolescence programmée qui diminue leur durée de vie.

C'est face à ce constat que Sandrine Muller, originaire de La Baule et fortement sensibilisée à la protection de l'environnement, décide de réemployer les combinaisons en Néoprène pour fabriquer des accessoires de mode.

L'histoire de Néocombine
Sandrine travaille dans le traitement de l'eau et, par nécessité professionnelle, passe beaucoup de temps dans des décharges.
Sensible à la gestion des déchets et à leur impact sur l'environnement, elle se demande comment allier sa passion pour les sports d'eau et sa préoccupation environnementale. Une sensibilité héritée de son grand-père, qui, dans les années 70, avait milité pour sauvegarder les marais salants de Guérande de l'implantation d'une marina destinée au tourisme industriel…

Elle envoie son CV aux trois plus grands fabricants de combinaisons en leur proposant de développer une filière recyclage. Refus. Au printemps 2009, elle fait donc appel à des amis et à des connaissances afin de réunir des fonds et des compétences pour créer une structure de recyclage de combinaisons en Néoprène.

Rapidement, l'idée des bracelets fait l'unanimité. Une équipe de six personnes s'active au design, au graphisme, à la couture, à l'organisation d'événementiels, à la comptabilité mais aussi à la collecte des combinaisons.

Une collecte qui prend du temps et qui représente un coût pour l'association, car il faut souvent aller sur place chercher les combinaisons usagées.

Depuis 2010, Néocombine est partenaire de l'UCPA et récupère des combinaisons issues des surf camps. L'UCPA achète également un petit volume de bracelets issus du recyclage pour ses clients, une réelle plue-value sachant que l'organisme s'approvisionnait auparavant en Chine.
En 2011, 350 combinaisons ont été transformées en bracelet.

Autre mode de collecte auprès des particuliers cette fois, les événements sportifs : Lacanau Glisse festival, Défi de La Baule, Master de Longboard à Montalivet, etc.

Seules les combinaisons de moins de 5mm sont utilisables, les machines ne pouvant pas coudre une matière plus épaisse. Donc, les combinaisons de plongée ne sont pas collectées.

Sur une combinaison, seuls 20 cm2 seront utilisés pour la confection des bracelets. Le reste sert à la confection de poufs. Pour les fermetures en bon état, l'association travaille sur un projet de sac.

En 2011, 20 000 bracelets ont été vendus ! Comptez 3 à 4 € par bracelet.

Informer et sensibiliser pour limiter notre empreinte écologique
Même si les ventes progressent, il est encore aujourd'hui difficile d'en vivre. "C'est un pari pour l'avenir" explique Sandrine qui compte développer le recyclage d'autres produits (surf, skate, etc.) en s'associant avec des partenaires.

Une motivation qui dure depuis 2 ans 1/2 et qu'elle partage via des ateliers de sensibilisation auprès des particuliers. D'ailleurs, les ados sont invités à customiser eux-mêmes leur bracelets lors d'événements sportifs où Néocombine est présent. Un accessoire qu'ils jugent "cool" car issu du recyclage. Pour les plus âgés, c'est un bracelet léger, idéal pour aller dans l'eau !

Sandrine va plus loin en expliquant les impacts de nos déchets sur l'environnement et pourquoi il faut préserver notre littoral. "L'idée de départ en créant Néocombine était de proposer un accessoire fun et artisanal car fait-main". Pari réussi.

Les combinaisons récoltées sont traitées avec un anti-bactérien biodégradable. Elles sont découpées, sérigraphiées, puis les bracelets sont découpés et cousus à la main. Néocombine a mis au point une couture simple, à la portée de tous. ‬
               

Beaucoup de recherche et développement ont été nécessaires pour la production de ce petit accessoire : "nous avons passé trois mois à trouver un système pour le noeud du bracelet… ; aujourd'hui, l'équipe produit 100 bracelets en 12h30 soit entre 7 et 8 minutes par bracelet.

Pour ceux qui ont déjà un bracelet, qui voudraient s'en débarrasser ou en acheter un nouveau, ne le jetez pas et renvoyez-le à Néocombine qui s'en servira en garniture de pouf d'extérieur… Tout se réemploie on vous dit !

Des projets pour l'avenir ?
Sandrine en a beaucoup : travailler pour l'amélioration du confort des combinaisons des sportifs de haut niveau, employer des personnes en réinsertion professionnelle ou avec un léger handicap, et créer de nouveaux accessoires.

Où acheter les bracelets ?
Sur la boutique en ligne de Néocombine
Chez des revendeurs, voir la liste des boutiques.
Pendant des événements sportifs, voir les actualités de Néocombine.

Vous pouvez aussi déposer vos combinaisons usagées chez Néocombine.