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Ecocity 2013 1/3

Quand les citoyens se prennent en main

01/10/2013 | Stéphanie Lechêne

Consommer responsable était présent à Ecocity, le 10ème sommet de la ville durable qui s'est déroulé à Nantes.
A la question : les citoyens peuvent-ils organiser eux-mêmes ma ville durable ? Les nombreux intervenants nous ont prouvé que oui, mille fois oui !
Et les citoyens n'ont pas toujours besoin du soutien des collectivités locales pour agir.
 

A Berlin, les habitants du quartier Moabit, qui connaissait un faible indice de développement, se sont mobilisés pour mettre en place un programme de réhabilitation sur 10 ans. Un conseil citoyen a notamment été instauré pour décider avec les pouvoirs publics des améliorations concrètes dans le quartier : transports, environnement, etc.

A Saint-Nazaire, l'anthropologue Stéphane Juguet a profité de la culture ouvrière de la ville pour instaurer ce qu'il nomme de la prospective action. A partir d'idées imaginaires, il en fait des prototypes pour les concrétiser. Un exemple : une voiture à pédale baptisée Car'N, fruit d'un travail entre des lycéens pour le cahier des charges, une école de design, des industriels et la mairie de Saint Nazaire.
Il conceptualise aussi un cube pour expliquer l'implantation et le fonctionnement des éoliennes off-shore auprès des habitants.

Rainer Nolvak est estonien et n'a pas sa langue dans sa poche : "Si vous voulez mobiliser des gens, il faut faire soi-même". C'est comme cela qu'il a réuni 50 000 personnes en une seule journée pour nettoyer le pays défiguré par de nombreux déchets. L'événement s'appelle Clean-Up Day et s'est exporté depuis dans bien des pays.
                                                  
Le Père Godfrey Nzamujo est venu du Bénin pour promouvoir le succès des centres Songhai, un lieu où plus de 2500 jeunes africains ont été formés à l'entreprenariat agricole. Cette ONG vise à faire émerger une nouvelle génération d'éco-citoyen en utilisant des techniques naturelles pour l'agriculture et en proposant des formations qualifiées (gestion, marketing, etc.)

Cela se traduit par l'interdiction d'utiliser des engrais dans les cultures, le recyclage des matières, la mutualisation des ressources humaines et matérielles pour produire du jus de fruit bio, par exemple.
Voir une vidéo en Français sur les centres Songhai.

Filipa Pimentel et portugaise et vit à Portalegre, une ville très pauvre où 85 % de l'industrie a disparu. Pour aider la population locale à reprendre confiance et à prendre en main son avenir, elle a contribué à organiser (avec le réseau national de transition) un cycle de conférences qui a réuni 500 personnes.

Les entreprises ont ouvert leurs portes, les gens ont partagé leurs savoirs-faire, les intervenants ont été hébergés chez les habitants, les repas ont été préparés en commun… Une nouvelle ère a permis à la population de trouver des solutions pour faire, sans forcément avoir besoin d'argent.

A une échelle plus grande, celle du Brésil et la ville de Sao Paulo (11 millions d'habitants), Estela Alves doit se battre contre les autorités qui souhaitent ceinturer la ville d'un périphérique. Le problème : au nord, il détruira la forêt et expulsera des communautés très pauvres sans autre solution de relogement.

Ces communautés se défendent pour préserver leur qualité de vie au quotidien. Ils bénéficient aujourd'hui de formations universitaires qui leur permettent d'utiliser les armes juridiques pour préserver leur territoire.
Sites internet de communautés brésiliennes : Cantareira et Recanta.


Adrien Labaeye, chercheur français à l'université de Jena en Allemagne explique que pour favoriser l'émergence de communautés auto-gérée, il faut :
- une auto-gouvernance avec des lois propres à la communauté
- une action collective sur une base volontaire : faire ensemble pour le bien commun
- un capital social qui repose sur des échanges entre les membres et respecter que chacun ne s'engage pas de la même façon ou avec la même intensité

La question du leadeaship (leader d'opinion) est souvent posée. Au Brésil, faire des études favorise l'émergence de leaders d'opinion. Au Portugal, c'est l'intelligence collective qui domine et c'est donc le groupe qui accorde la légitimité au leader.

Les intervenants sont unanimes pour dire que les pouvoirs publics laissent les projets citoyens se concrétiser tant qu'ils restent disséminés et petits mais les problèmes arrivent dès qu'on se développe un peu trop...
 

Lire aussi dans notre dossier :

- La présentation d'Ecocity et la conclusion du Forum par Jean-Marc Ayrault
- Former les nouvelles générations
- La réapropriation : fer de lance des actions citoyennes