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Commerce équitable

Pourquoi acheter équitable ?

26/05/2011 | Estelle Labarthe
commerce équitable
Le commerce équitable expliqué par un producteur directement concerné, ça change tout et ça permet de comprendre vraiment les enjeux. Rencontre avec un producteur de cacao, au Pérou. 


Acheter des produits du commerce équitable c'est tout sauf de la charité ou de l'aide humanitaire.

C'est actionner, en tant que consommateur, un mode d'échange commercial juste et vertueux pour les 2 côtés de la chaîne : le Nord et le Sud.


Pour permettre au plus grand nombre de mieux comprendre cela, les acteurs du commerce équitable dans la région Pays de la Loire, organisent chaque année à l'occasion de la quinzaine du commerce équitable, la venue d'un producteur (café, fruits, coton…).

Cette année, l'invité était Segundo Gilberto Rodriguez Ortiz, producteur péruvien de cacao. La coopérative dont il fait partie, ACOPAGRO, réunit 1240 producteurs situés au Nord Est du Pérou. Cette coopérative est la première exportatrice de cacao du Pérou et vend ses précieuses fèves, en France (à la marque équitable ALTER ECO), en Suisse, Italie, Hollande et aux Etats Unis.

Nous l'avons rencontré et voici son témoignage :

CR : Depuis quand produisez-vous du cacao équitable ?
Segundo Gilberto Rodriguez Ortiz : Je suis producteur de cacao depuis 1992. Auparavant j'étais chauffeur à Lima, mais la vie est devenue trop chère en ville et je suis retourné m'installer avec ma famille sur les terres de mes parents, dans la "jungle". J'ai planté du cacao en 1992. Je vendais un peu les fèves, mais c'était surtout une ressource alimentaire pour ma famille. Puis une ONG américaine est venue dans la région proposer aux paysans qui, jusque là produisaient de la coca pour les narco-trafiquants, de remplacer leur culture par le cacao. Ils ont aidé à la constitution de la coopérative en 1997, puis nous ont accompagnés dans l'amélioration de notre production, pour pouvoir répondre aux critères du commerce équitable.

CR : Qu'est ce que cela change pour vous de produire du cacao, labellisé commerce équitable ?
SGRO : Ne pas utiliser de produits chimiques, ne pas utiliser de pesticides. Mais pour changer nos techniques de production nous avons reçu beaucoup de formation et ça change tout pour nous. Aujourd'hui, nous maîtrisons beaucoup mieux qu'avant la fermentation de nos fèves et cela a augmenté leur saveur et leur parfum. Le commerce équitable nous a contraints à des standards de qualité très exigeants et maintenant nous sommes en mesure de répondre aux critères du marché européen, ce qui nous offre des débouchés beaucoup plus intéressants. Aujourd'hui, nous vendons l'intégralité de notre production en bio et équitable, c'est la meilleure façon de valoriser une telle qualité de travail. Et puis, nous recevons aussi une prime "sociale" liée. Cette prime nous permet de continuer à nous former, de faire venir des médecins et de développer aussi des élevages de volailles qui participent à notre autonomie alimentaire.

CR : Avez-vous des difficultés à commercialiser votre production, dans la mesure où elle est plus chère que le prix du cacao conventionnel ?
SGRO : Non c'est l'inverse, cette année par exemple, nous avons déjà tout vendu avant même d'avoir récolté. Nous avons plutôt le problème inverse : il nous en faudrait plus  !


CR : Le Pérou occupe-t-il une place importante du marché du cacao mondial ?
SGRO : Non, une part infime. c'est la Côte d'Ivoire qui fournit 70% du marché.

Mais la qualité de notre cacao équitable nous a permis d'entrer dans ce marché mondial et de nous y faire une place.


CR : Le commerce équitable a donc permis aux producteurs de la coopérative de vivre correctement d'une production et donc à travers cet horizon, de sortir de la production de la coca. Quelles différences aujourd'hui ?

SGRO : Avant, il y avait un mort par jour dans notre région. La population était terrorisée et la région dangereuse.
Aujourd'hui, nous n'avons plus de coca à vendre, les narco-trafiquants sont partis de cette zone du pays et maintenant nous pouvons même nous permettre d'accueillir des étudiants étrangers, qui viennent en observation chez nous ou des clients qui viennent visiter nos exploitations. C'est une fierté !


CR : La marque Alter Eco, qui achète et transforme vos fèves, fait apparaitre le nom de votre coopérative et la photo des producteurs sur les tablettes de chocolat et autres produits, que ressentez-vous quand vous voyez votre nom, ici en France sur ce paquet ?
SGRO : ça me remplit d'orgueil, je suis très fier et ça me donne envie de faire toujours mieux, car je prends conscience de ma responsabilité à produire un cacao de qualité !

Voir le micro-trottoir sur les habitudes des consommateurs face aux produits équitables

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