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L'insertion, partie prenante de Solilab

02/12/2013 | Stéphanie Lechêne

Richard Blond est coordinateur technique depuis 7 ans de Réagir Ensemble. La structure emploie des personnes éloignées du travail pour diverses raisons personnelles, ou médicales et les réinsère via des chantiers d'insertion.

Depuis février dernier, une dizaine de salariés réalise la maçonnerie du Pôle de coopération nantais dédié à l'économie sociale et solidaire qui ouvrira ses portes au printemps prochain. Lire notre dossier complet sur le Pôle de coopération.

Rencontre avec Richard Blond sur le terrain pour expliquer les enjeux mais aussi les problématiques liées à l'insertion.
 

Réagir Ensemble : 25 ans d'expérience dans l'insertion
Réagir Ensemble a été créé en 1987 comme association d'insertion (les salariés sont mis à disposition d'un client) puis a obtenu l'agrément chantier d'insertion en 1990. Lire notre dossier sur l'insertion.

La structure est divisée en trois domaines d'activités :
- le bâtiment
- la serrurerie aluminium
- l'environnement (entretien des espaces naturels et des espaces verts)
 

Actuellement, Réagir Ensemble compte 10 salariés permanents (directeur, accompagnatrice, formateurs,  coordinateur et encadrants) et 42 salariés polyvalents en contrat unique d'insertion.

En 2012, sur les 87 personnes accueillies, 44 bénéficiaient du RSA, 22 avaient moins de 26 ans, 14 étaient demandeurs d'emploi longue durée, et 7 étaient travailleurs handicapés.

L'âge moyen des personnes accueillies est de 36,7 ans ; seulement 4 femmes sont passées par Réagir Ensemble (sans doute en raison des secteurs d'activités). La durée moyenne du parcours : 10,2 mois.

Les clients ? Des collectivités pour 1/4 de l'activité, des particuliers ou associations et une grosse moitié des missions liées à la serrurerie aluminium.

"On ne reste pas encadrant toute sa vie"
Le métier d'encadrant est difficile, car il impose de côtoyer en permanence des personnes "cassées, brisées" par des problèmes sociaux, financiers ou médicaux.
Richard précise que "les encadrants que nous embauchons n'ont jamais d'expérience dans l'insertion en général".
Il faut néanmoins des qualités indispensables : 
- être technique : l'encadrant doit maitriser parfaitement son sujet.

- être "gonflé à bloc" car leur motivation de départ diminuera forcément peu à peu. On les prévient aussi que la première heure est la plus difficile de la journée. Il faudra faire face à des retards, des absences, des personnes alcoolisées à gérer dès le début de la journée.

- être pédagogue. La formation est un prétexte pour un retour à l'emploi, il faut donc inculquer les rudiments d'un emploi sans brusquer mais aussi les bases comme venir propre, à l'heure, respecter les consignes et les règles de sécurité.

- être patient car il faut faire face aux problèmes de chacun. "Chaque encadrant fixe ses propres limites et adapte le règlement intérieur : certains ne vont pas tolérer une minute de retard et d'autres vont accepter une personne alcoolisée mais en lui confiant des tâches simples et sans risques. C'est selon chacun."


La structure prend certes des risques : vis à vis à des personnes elles-mêmes car elles manipulent des outils dangereux ou montent sur des échafaudages. Il faut être vigilant et sans cesse rappeler les règles de sécurité. "Il y aussi un risque vis à vis de nos clients car on n'est pas sûr que tous les salariés viendront travailler, on peut donc prendre du retard, c'est pour cela qu'on ne répond qu'à des projets qui se déroulent dans la durée."

"On met un an à réaliser ce qu'une entreprise classique mettrait 3 ou 4 mois à faire… Nous devons faire face à un turnover important  et à une faible qualification des salariés en contrat d'insertion."

Rappelons-le, la maçonnerie n'est pas une vocation professionnelle mais bien un prétexte pour un retour à l'emploi. Car certains continueront leur parcours professionnel par une formation dans le bâtiment et d'autres choisiront une toute autre voie.

"Les gens qui viennent ici ne peuvent réussir leur projet professionnel que si leurs problèmes de logement et de santé sont réglés. Il faut de la stabilité" insiste Richard.

Sur les 87 personnes accueillies en 2012, 12 ont eu un CDD ou un CDI ou bien sont parties en intérim, 4 ont suivi une formation, 4 ont dû résoudre des problèmes de santé, 8 personnes n'ont plus donné de nouvelles et 12 ont arrêté leur contrat.

"Nous avons été retenu comme n'importe quelle entreprise"
Réagir Ensemble a remporté le lot complet de maçonnerie suite à l'appel d'offre des Ecossolies pour la construction du Pôle de coopération de l'économie sociale et solidaire (lire l'article complet). Faire appel à une entreprise d'insertion était une volonté de la Samoa, en charge de la maîtrise d'ouvrage du projet.

Sur le pôle de coopération, une équipe de 8 personnes en moyenne est présente chaque jour depuis février dernier. Chaque personne y passe en moyenne 26h par semaine. Réagir Ensemble a réalisé :
- les murs de parpaing
- les plots en béton pour poser la charpente
- les passerelles pour les personnes en fauteuils roulant
- les sanitaires en briques
- la dalle béton extérieure
- le mur de clôture extérieur







Richard regrette que "le monde de l'entreprise n'ait pas toujours une conscience sociale. Concrètement sur le chantier, on nous fait sentir que nous avons pris le boulot d'une autre entreprise. Que nous devons notre place à des choix politiques qui imposent la présence d'un chantier d'insertion sur le projet.
Mais nous sommes dans la légalité, nous n'avons pas volé notre place et avons un intérêt social ! "

"C'est l'hôpital ici, non ?"
Nabil pense travailler sur le futur chantier de l'hôpital. Mais c'est sans doute le cas de bien des ouvriers qui travaillent sur le chantier, en insertion ou non. Difficile de les associer à ce pôle de coopération dédié à un secteur économique encore trop peu visible alors que certains, n'ont jamais travaillé...

Mais pour Nabil et les autres, le Pôle de coopération remplit déjà des missions essentielles : se réintégrer professionnellement, trouver une porte de sortie après le parcours en insertion, prendre des cours de français, ou tout simplement sortir de chez soi, se soigner, trouver un logement décent.

On leur souhaite de réussir et pourquoi pas de passer faire un tour au printemps 2014 à l'ouverture du Pôle de coopération.