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Solidarité

Les épiceries solidaires : première étape vers l'insertion sociale

25/02/2013 | Stéphanie Lechêne

C'est l'un des principaux réseaux d'aide alimentaire français : l'ANDES fédère 250 épiceries sociales qui offrent un accompagnement social et des produits alimentaires à bas prix.
Rencontre avec Guillaume Bapst, directeur de l'association, entouré des salariés, personnes en insertion, bénévoles et bénéficiaires de l'épicerie de la Liberté de La Roche-sur-Yon.
 

Constituer un réseau national d'épiceries sociales
"Faire du social", Guillaume Bapst est tombé dedans tout petit, imprégné d'une culture "où l'on entreprend". Il monte à 23 ans un poney-club en Bretagne qu'il revend 7 ans plus tard.
Il quitte la Bretagne pour Orléans où il est responsable de la gestion locative pour un office HLM.

Il y fait le constat que beaucoup de gens consacrent un budget trop important pour se loger si bien qu'ils n'ont pas de quoi se nourrir correctement. Les gens mangent moins et moins bien.
 
Certes, il existe des associations pour venir en aide aux plus démunis. Mais selon Guillaume Bapst, "le système caritatif français est arrivé à un point de non-retour : on est dans le don et pas dans le contre-don. On donne dans un seul sens ce qui crée un déséquilibre et ainsi, un sentiment d'exclusion et de précarité encore plus fort pour les personnes dans le besoin. On leur fait sentir qu'ils sont pauvres !"

D'où l'idée de créer des épiceries dites sociales ou solidaires pour permettre aux gens à faibles revenus de pouvoir faire leurs courses comme tout le monde. Certes les prix sont moins chers mais ils paient quand même pour remplir leur frigo.

Une première épicerie sociale indépendante ouvre ses portes dans la Nièvre en 1995.

Après un DESS de développement local et économie solidaire, Guillaume propose comme mémoire de fin d'étude un projet de réseau national d'épiceries sociales qui reçoit un écho favorable. En 2000, naît l'ANDES. "Mon job consiste alors à me positionner comme consultant auprès des collectivités pour monter des projets d'épiceries".

Chaque épicerie a son montage financier propre. Certaines sont associatives, d'autres rattachées à des CCAS. Les épiceries paient une cotisation annuelle à l'ANDES de 50 € et bénéficient de l'appui des formateurs et animateurs sur le terrain.


Réconcilier l'aide alimentaire et le bien manger

En 2005, l'étude ABENA qui analyse les comportements alimentaires et les situations de pauvreté relève la mauvaise qualité nutritionnelle de ce qui est donné aux gens dans l'aide alimentaire. Seuls 1,2 % des individus mangent 5 fruits et légumes par jour…
 
La raison est simple : il faut une logistique bien plus compliquée et coûteuse pour les produits frais; la récupération d'aliments auprès des enseignes est essentiellement composée de conserves et de produits secs. On prône le bien manger mais il est impossible de rendre accessible les fruits et les légumes.

"En 2008, un partenariat avec le marché de Rungis permet de récupérer les fruits et légumes déclassés. Epaulé par un chantier d'insertion, l'ANDES livre les denrées aux associations d'aide alimentaire (25 % aux épiceries sociales, 25 % aux Restos du Coeur, 25 % à la Banque alimentaire et 25 % aux autres associations).

L'Etat donne aussi une enveloppe allouée spécifiquement à l'achat de produits alimentaires, couplée à des aides des collectivités locales et à des enseignes privées.

"La récupération des produits frais auprès des MIN (marchés d'intérêt nationaux) se développent dans d'autres grandes villes."

Une seconde étude ABENA 2 portant sur l'hiver 2011-2012 montre que dans les territoires où ces partenariats ont été mis en place, la consommation de produits frais a été améliorée.

A l'épicerie de la Liberté à la Roche-sur-Yon, Guillaume Bapst profite d'un intérêt médiatique pour les épiceries sociales en cette période où l'on parle gâchis alimentaire pour expliquer qu'une épicerie sociale n'est pas là pour faire de l'assistanat. C'est un endroit complémentaire aux Restos du Coeur ou à la Banque alimentaire dans lesquels il est parfois difficile d'oser franchir la porte.

Dans les épiceries du réseau ANDES, on paie ses courses, certes de 10% à 30 % du prix usuel des denrées mais ce n'est pas un don et ça fait toute la différence.

Petite visite concrète dans l'épicerie, qu'y trouve t-on ?
Des produits issus de l'aide alimentaire européenne bien identifiés par "Aide UE" ou "Aide France" qui stigmatisent un peu plus la personne bénéficiaire à sa situation de "pauvre" : du taboulé, des compotes, des raviolis en boîte, du lait, du pain, des fruits et légumes un peu défraichis, des brosses à dent, déodorant, etc.
 

 
L'aide alimentaire européenne fait dans le pratique, c'est à dire donner à manger, mais pas dans le social.

"Pourquoi faudrait-il que l'aide alimentaire ne concerne des produits que de faible qualité gustative et nutritionnelle ? Pourquoi faudrait-il que les pauvres se nourrissent avec ce que les autres gâchent ?" s'interroge Guillaume Bapst. "Il ne faut pas mélanger aide alimentaire et gaspillage alimentaire".

On trouve aussi des produits de marque, peu nombreux mais essentiels. Les personnes bénéficiaires de l'aide alimentaire y sont plus sensibles car c'est valorisant, ça permet de s'identifier à une société de consommation. C'est aussi gage de qualité.

"La nourriture doit rester un plaisir, nous avons un rôle pédagogique à jouer pour donner envie de cuisiner des bons produits et donc de manger sainement et aussi pour rester en bonne santé" explique Guillaume Bapst. "C'est pourquoi nous essayons de tisser des partenariats avec des filières agricoles locales".

Plus qu'une épicerie, un projet social
L'ANDES souhaite aller plus loin en rapprochant le consommateur du producteur avec l'achat d'une ferme en Normandie. Un chantier d'insertion y cultive des légumes, les commercialise auprès du réseau d'épiceries et propose même des produits transformés (soupes, gaspachos, etc.). En savoir plus sur la Grande Maison

Autre projet, Uniterres, qui favorise les circuits courts entre des petits maraîchers (en difficulté financière, en conversion bio, etc.) et les épiceries solidaires. La première expérience dans le sud-ouest de la France permet déjà de soutenir le développement rural et le maintien d'exploitations agricoles en rémunérant le producteur au prix juste et bien sûr de permettre aux personnes en situation de précarité de se fournir en fruits et légumes frais et locaux.

Le réseau tisse aussi des partenariats avec des entreprises pour ne pas être qu'une association d'épiceries alimentaires mais bien d'intégration sociale. Pas de complexe donc à faire appel à l'Oréal pour proposer des ateliers cosmétiques. Prendre soin de soi, c'est avoir confiance en soi et ainsi pouvoir faire des démarches administratives, passer son permis, chercher un emploi, etc.

Autre partenariat avec la fondation PSA pour favoriser la mobilité, notamment le financement de 5 deux roues qui serviront aux salariés de la Grande Maison.

Quel public dans les épiceries et quels critères pour bénéficier des produits?
Guillaume Bapst s'alarme sur un public de plus en plus hétérogène : de plus en plus de jeunes, des étudiants, des travailleurs précaires (même en CDI), des familles monoparentales, des seniors pour qui la charge locative est devenue trop importante. "Cette part de la population me touche beaucoup car ils n'ont jamais été habitués à demander de l'aide."

A l'épicerie de la Liberté, 165 familles bénéficient des services alimentation et autres prestations. Ils sont accueillis par deux salariés, Jean-Philippe et Thierry, et 14 bénévoles dont Dany, toujours présente aux heures d'ouverture !

 

Le panier moyen est de 4 à 5 € par personne par semaine.

Les critères pour avoir accès aux épiceries sociales : avoir moins de 5€ par jour par personne pour manger et avoir un projet, même un micro-projet (s'acheter des meubles, passer son permis, etc.). Ils ont une date d'entrée et de sortie et peuvent venir faire leurs courses une fois par semaine.

On leur propose un accompagnement social et pas seulement de remplir leur frigo. L'accueil y est primordial : se dire bonjour, discuter, échanger, partager.

                    

Ce vendredi à l'épicerie de la liberté, café, thé et brioches sont à disposition des visiteurs. La présidente et la directrice de la maison de quartier voisine, qui gèrent l'épicerie de la Liberté, sont venues à la rencontre de Guillaume Bapst, tout un petit monde qui s'efforce de mettre du lien social entre les gens, de lutter contre l'exclusion et l'assistanat en favorisant l'autonomie des personnes et leur intégration dans la société.

Contact régional :
Jean-François Gréaud, animateur réseau Pays de la Loire/Bretagne
Mail : jf.greaud@epiceries-solidaires.org