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Jeu

La Mèche Rebelle : éditeur de jeux éco-conçus

26/01/2012 | Yanne Boloh
De l’analyse du cycle de vie de sa production aux choix des matériaux, l’éditeur de jeu sarthois la Mèche Rebelle tient le cap depuis 15 ans : le jeu est une affaire sérieuse pour l’environnement. Même si, malheureusement, tous les consommateurs ne sont pas encore prêts à payer 5% à 10% de plus pour des jeux éco-conçus, cet état de fait cantonne encore la gamme aux réseaux de distribution « engagés ».  

La Mèche rebelle : une histoire locale
Il était une fois deux lycéens sarthois qui adoraient jouer. L’histoire de la Mèche Rebelle commence très simplement. « Nous faisons partie de ces entrepreneurs qui ont la chance d’avoir transformé notre passion en profession » résume Stéphane Bayle, co-fondateur de l’éditeur de jeux sarthois avec Stéphanie Czinober. Elle poursuit « et nous avons conservé les mêmes valeurs durant ces 15 ans, le partage, le respect de l’environnement, et le respect de l’homme ».

Stéphanie est titulaire d’une maîtrise d'Histoire de l’art, illustratrice et infographiste, une formation construite sur l’histoire familiale, avec un grand père peintre et une grand-mère déjà illustratrice. A la Mèche Rebelle, elle assure les aspects créatifs et développement.
Stéphane possède une licence de physique, et un BTS d’audio-prothésiste : il assure le rôle de maître d’œuvre, de la rédaction des cahiers des charges à la rationalisation des fabrications en passant par la veille sur les nouvelles techniques. « Nous ne travaillons pas l’un sans l’autre » affirment-t-ils d’une seule voix.

L’entreprise assure désormais 5 salaires et développe ses propres gammes, avec un catalogue d’environ 70 jeux édités en 15 ans. Créateurs d’environ trois jeux par an, les éditeurs travaillent aussi en partenariat avec :
- la LPO pour leur petit dernier Robin des jardins
- les Compagnons du Devoir pour un jeu de société valorisant ses valeurs, mais aussi les collectivités locales
- l’Arche de la Nature (parc de sauvegarde et de conservation des espèces aux portes du Mans)
- l’Association de prévention pour le bien vieillir
- France Déchets et le labyrinthe en bois destiné à ses salariés…

L’inspiration pour la gamme en propre est de source variée. « En tant que joueurs, nous savions que les jeux tactiques existent depuis l’aube de l’humanité. Nous avons, par exemple, réalisé tout au début de l’entreprise un recensement de jeux traditionnels dans le Monde. Nous en éditons régulièrement un ».
Dernier en date : Surakarta, proposé sur un plateau en bambou en provenance du Vietnam. « Nous avons pu identifier une coopérative qui savait produire à partir du bambou mais sans colle de synthèse » souligne Stéphane Bayle.

Eco-conception : dépasser l’encre végétale et le papier recyclé pour tout intégrer
Sensibilisés très tôt à la protection de l’environnement, les fondateurs privilégient depuis la création de l’entreprise la notion d’éco-conception, des matières sélectionnées aux lieux de production (notamment le recours aux ESAT et l’impression locale). 

« Notre outil et notre méthode, c’est l’éco-conception. Elle permet d’intégrer et de comparer différentes idées avant de les appliquer. Il s’agit en fait de définir tout ce qu’on va faire et tout l’impact de ce que l’on souhaite faire en amont de la production du jeu pour retenir les choix ayant le moins d’impacts possible, souvent sur des choses très simples.

Par exemple, pour le jeu Les traces d’animaux, nous avons réfléchi aux coins des cartes : les faire droits plutôt que ronds comme la majorité des jeux de cartes, permet d’économiser 162 kg de cartons qui, au mieux, seraient recyclés, au pire jetés comme déchets » explique Stéphane, que Stéphanie complète « et nous avons pu utiliser ces bords carrés pour proposer aux joueurs de faire une petite frise avec les animaux en posant les dominos les uns à côté des autres ». Bel exemple d’un élément de base pour l’entreprise : jouer collectif.

Autre piste de travail, la production la plus locale possible  permet d’établir un vrai dialogue avec les professionnels et, souvent, de trouver des solutions techniques directement avec le chef d’atelier. L’essentiel, c’est la démarche transversale pour que tous, de la créatrice au commercial en passant par les sous traitants et la logistique, soient au courant et réfléchissent.

L’entreprise vient aussi de remporter le 1er prix du grand prix du développement durable organisé par le Conseil Général de la Sarthe, sur le thème des déchets. "C’était la première fois que les entreprises de moins de 20 salariés pouvaient participer.
Nous considérons que la réduction ou la valorisation des déchets est une affaire quotidienne. De la prise en compte des déchets de production lors de la conception des produits (éco-conception), à la mise en place d’un site dédié aux magasins permettant de supprimer les documents papiers (devis, commande, facture, paiement)" expliquent les co-gérants.

L’analyse du cycle de vie pour fiabiliser la démarche
Autre innovation dans le monde du jeu, la Mèche Rebelle a confié à un cabinet spécialisé, l’analyse du cycle de vie de l'un de ses jeux, une première en France dans ce domaine d’activité. Il s’agit d’une démarche normée et dont les résultats sont exprimés en 14 indicateurs : « produire et distribuer notre jeu consomme autant que faire rouler durant 6 km une voiture électrique mais pour un jeu qui durera 20 ans ou plus » résume le dirigeant.

Choisie parmi 168 entreprises sélectionnées par le Ministère de l’environnement pour l’expérimentation de l’affichage des critères environnementaux, la Mèche Rebelle travaille par ailleurs depuis le 1er juillet 2011 à côté de géants comme Coca Cola, Carrefour et Danone mais aussi d’entreprises à engagement global comme Ethiquable. L’idée : concevoir un affichage environnemental pour les produits de consommation.

Elle est encore la seule dans l’univers du jeu et du jouet à participer à cette aventure. Et elle va même plus loin car elle s’est également engagée dans la création d’un référentiel au sein du groupe « jeux de plateau » de l’Afnor, une démarche bénévole de normalisation au profit du collectif.

Un besoin de reconnaissance aussi par les consommateurs
Sur l’ensemble de la gamme, le surcoût de l’éco-conception avec, notamment le choix des matériaux et la production quasi totale en France, pèse de 5 à 10 % sur le prix de vente. Car la prise en compte de l’environnement est intégrée dans le prix final alors que les jeux produits sans cette prise en compte n’intègrent pas tous les coûts comme la déforestation, la pollution par des métaux lourds… qui sont eux mutualisés pour l’ensemble de la société. "Au final, nous sommes donc moins chers" martèle Stéphane Bayle.

Mais tous les consommateurs ne sont pas décidés à payer ce surcoût : la distribution est donc toujours assurée par des magasins de centre-ville, les magasins bio ou les réseaux type Artisans du monde qui touchent des publics déjà sensibilisés à ces thématiques.

Stéphane et Stéphanie restent optimistes car ils s’appuient d’abord sur les joueurs : « Nous avons un accord avec une ludothèque du Mans pour faire tester nos jeux tant par les enfants que par leurs parents ». Le jeu vu par la Mèche Rebelle c’est aussi une affaire de partage au sein de la famille.