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Habitat

Et pourquoi pas vivre en yourte ?

15/02/2012 | Stéphanie Lechêne
Rencontre avec Nicolas Chailloux, gérant de Yourteco à Beaucouzé (49) mais également habitant d'une yourte depuis plus de 4 ans. Il nous parle avec passion et fierté de ce mode de vie certes original mais chaleureux et confortable. Pas étonnant qu'une fois qu'on y a goûté, on fasse appel à Nicolas pour auto-construire son propre habitat… 

Nicolas Chailloux propose son savoir-faire et son expertise aux personnes souhaitant s'installer en yourte pour y vivre ou pour y installer son activité professionnelle.

Installé à Beaucouzé, à deux pas d'une ferme et juste derrière la zone d'activité, on découvre au fond d'un champ un dôme coloré vert et rouge entouré d'une petite clôture, d'un poulailler et d'un potager. C'est bien ici que nous a donné rendez-vous Nicolas, dans sa yourte.

Une tendance qui attire de plus en plus de personnes souhaitant une rupture avec un mode de vie classique, renouer avec la nature et profiter d'un habitat nomade mais néanmoins confortable.

Nicolas vit dans 50 m2, mais souhaite agrandir son espace de vie et professionnel : il a le projet d'implanter 3 yourtes à l'est d'Angers et un atelier de 400 m2.

Il concède que pour y vivre avec des enfants, il est souvent bénéfique d'avoir deux yourtes collées pour ne "pas se marcher dessus" et avoir des espaces de vie séparés.

Il vit avec son amie dans une seule et même pièce de vie. Autour d'un poêle à bois situé au centre, se trouvent la baignoire, le lavabo, la cuisine, la table, un bureau, et un lit. Pas de cloisons séparatrice, car comme le dit Nicolas "tant qu'on n'y vit pas avec son pire ennemi, tout se passe bien". Les toilettes sèches sont à l'extérieur dans un cabanon qui permet également d'abriter la régie technique : ballon d'eau chaude, etc.

Finalement, la superficie est bien plus grande qu'une chambre d'étudiante. Le plancher en bois, les poutres et la forme ronde de la yourte confèrent une atmosphère chaleureuse et l'isolation optimale permet une chaleur plus que confortable (24 °C hier…).
Et dès que le printemps revient, Nicolas vit dehors, s'occupant de son potager et passant une majeure partie de ses journées à l'atelier à 500 mètres de là ou un peu partout en France selon la demande pour donner un coup de main aux personnes qui construisent leur propre yourte.

Yourteco, né d'un projet participatif
Nicolas a fait des études de psychologie sociale à Angers et était alors président de l'association étudiante 3D' Arts (ateliers d'arts plastiques). C'est par cette association que nait le projet de créer des chantiers participatifs de constructions de yourtes. Face à une demande croissante, il créé sa micro-entreprise, Yourteco qui lui permet de vivre aujourd'hui. Nicolas ne facture pas le temps passé à prodiguer précieux conseils ou calculs savants pour réaliser les yourtes mais prend une marge sur les matériaux nécessaires à la construction.

" Non, nous ne sommes pas des baba-cool et des fumeurs de joint…"
Il y a beaucoup de clichés autour des habitants en yourte ! On nous prend pour des baba-cool, des marginaux, mais j'ai de plus en plus de demandes de collectivités pour des pôles animation jeunesse, des associations ou des particuliers pour leur projet professionnel (camping, chambre d'hôte, professeur de yoga, une psychologue, et même un informaticien). De plus en plus de professions libérales sont intéressées pour exercer en yourte car c'est un cocon protecteur, un espace intime bénéfique à certaines médecines alternatives (sophro, relaxation, etc.)
"Je remarque que c'est souvent lié à une rupture professionnelle : j'ai pas envie de bosser là-dedans toute ma vie, je veux faire autre chose; la yourte répond à ce besoin de changer de mode de vie". La moyenne d'âge est entre 25 et 40 ans et essentiellement en milieu rural.

Vivre en yourte, ça va avec un mode de vie décroissant où l'on recherche en permanence l'autosuffisance. Certains misent sur une autonomie énergétique avec des panneaux solaires par exemple. "Moi j'ai choisi de récupérer l'eau de pluie, via une gouttière en cuivre. Ensuite elle est dirigée vers une citerne souple de récupération d'eau de pluie qui, grâce à un surpresseur, est aspirée et filtrée et redistribuée dans un chauffe eau pour l'eau chaude et en direct pour l'eau froide."
Mais on peut se raccorder facilement au réseau électrique ou au réseau d'eau classique.

Après, chacun est différent et va adapter la yourte à ses besoins. Le manque de confort n'est pas forcément un frein alors que pour d'autres c'est hors de question.

La yourte occidentale, faite pour durer
L'origine de la yourte se trouve en Mongolie. Cet habitat nomade était bien pratique lorsqu'on vit de l'élevage. Les yourtes occidentales ont perdu la notion de mobilité car nous n'avons pas les mêmes exigences de confort même si en un jour et demi, je peux complètement démonter ma yourte et ne plus avoir aucune trace de mon passage sur le terrain… C'est donc un habitat léger et réversible car quand la yourte part, la nature reprend ses droits ! Mais en général, quand on installe sa yourte c'est pour durer, 3 ans environ. Au bout d'un moment, nos exigences augmentent : on veut plus grand, une meilleure isolation, etc. Mais pour moi "hors de question d'habiter en maison!!"

La yourte c'est un habitat rond très résistant au vent et au froid grâce à sa structure en treillis avec une ossature en bois.
Le toono (anneau de compression situé en haut du dôme) permet la solidité de la yourte car toutes les forces convergent vers cet anneau grâce aux cordages qui poussent les perches de bois vers le centre.
Derrière le treillis, on trouve une toile de décoration puis l'isolant (en chanvre ou en laine), les cable de ceinturage et enfin la toile acrylique.
Au centre de la yourte, deux poteaux en châtaigniers soutiennent le toono.

Pour le chauffage, un poêle à bois suffit (6 stères de bois pour 50 m2 soit 300 € / an). Au sol, un plancher en bois.

Combien ça coûte ?
Les prix oscillent entre 3000 € et 80 000 € donc en terme de projets, on voit de tout ! A 80 000 €, la yourte se rapproche d'une maison ronde en bois toute équipée.
Les superficies varient entre 15 et 80 m2.

Nicolas est en train de déposer sa marque Yourteco. Il se déplace partout en France pour acheter des matériaux  pour les auto-constructeurs, fabriquer des yourtes, les louer, ou juste donner des conseils. Ce qui est exigeant c'est le calcul des structures, je suis devenu un pro en trigonométrie !

Avec Yourteco, Nicolas peut être fier de figurer parmi les entreprises éthiques à forte valeur environnementale du territoire. Pas question de produire en Chine ! Ni d'utiliser des matériaux polluants ou de défigurer la nature.
Il insiste aussi sur l'importante de vivre en milieu rural et de dynamiser le tissu économique local en rapprochant ce mode d'habitat avec d'autres acteurs du territoire : alimentation, culture, etc.

Comment faire pour vivre en yourte ?

La demande de permis de construire va dépendre de l'aménagement de la yourte. Si vous y mettez une cuisine aménagée, il faudra un permis; si les meubles sont seulement posés, les règles sont les mêmes qu'un hébergement type camping.
Consultez la réglementation sur le site internet de Yourteco.

Rencontre avec Adrien qui nous parle de son projet

Adrien, 27 ans est à Beaucouzé depuis début janvier pour construire sa yourte avant de repartir s'installer en Belgique avec son amie.
"Je travaille dans l'animation en maraichage bio auprès d'un public en insertion et je me posais des questions sur comment réussir à prendre soin de moi-même, des autres et de la terre.

Je voyais autour de moi des amis acheter des maisons avec des crédits sur 25 ans… je ne comprenais pas bien qu'on puisse devenir autant esclave de son boulot.

La première fois que j'ai passé une nuit dans une yourte, j'ai eu un flash : la lumière, l'atmosphère, la résistance de la structure qui procure aussitôt un sentiment de sécurité une sorte de cocon : tout ça m'a plu. Ce n'est pas une cabane ! C'est une maison ouverte sur la nature.

Il me faut 2 mois pour construire ma yourte, ensuite je loue un camion et je l'installe en Belgique. Mon patron est agriculteur et va me louer un bout de terrain.  En tout, ma yourte va me couter 15 000 €. Grâce à ma famille, je vais pouvoir emprunter de l'argent, la banque n'aurait jamais pris ce risque avec un emploi précaire… Il me restera à acheter un poêle et des meubles.

En choisissant de vivre en yourte, je vais payer moins chère une maison qui en plus sera saine. Je vais pouvoir vivre à la campagne, faire par moi-même et puis, j'en avais marre des trucs carrés!."

Commentaires des consommateurs :

Portrait de leodusud

leodusud

Commentaire laissé le 23/02/2012
il parait que c'est très bruyant dès qu'il y a du vent ou de la pluie, très chaud en été, froid en hiver... évidemment ça doit dépendre de la qualité de l'isolant! En tout cas j'admire la démarche et le combat de ceux qui se voient interdits de vivre différemment