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Energie

Eolys, maître du vent

10/01/2013 | Stéphanie Lechêne
Eolys est une entreprise vendéenne spécialisée dans le petit éolien. Elle propose aux particuliers, exploitants agricoles, petites collectivités ou PME de disposer d'une énergie renouvelable, le vent, pour leur consommation électrique avec un produit fabriqué à 99 % dans la région. Rencontre avec le gérant d'Eolys, Jérôme Bousquet. 

Implantée en Vendée à Saint-Hilaire-de-Voust, Eolys fabrique des "petites" éoliennes, conçues et produites à 99% en Pays de la Loire. Rien à voir avec les grands parcs éoliens dans lesquels les éoliennes peuvent culminer jusqu'à 180 m de haut. On parle ici de "petit éolien" : un mât de 18 mètres, des pales de 16 mètres de diamètre maximum.
L'éolienne produit de l'électricité et vous la consommez directement. Et si vous avez besoin de plus pour diverses raisons, il suffit de puiser dans le réseau EDF.

De l'eau à l'air
Jérôme Bousquet travaillait dans le traitement de l'eau des particuliers pour une société américaine.
Après quelques années à maîtriser l'eau, il décide de se tourner vers l'air. Il crée la société Eolys en 2006.

"J'ai monté ma société avec beaucoup de travail et peu d'argent. Les places dans le grand éolien étant prises par des grands groupes industriels, je me suis alors attaché à développer le petit éolien. Il y avait une demande mais peu d'offres.

Au départ, avec mon équipe, on assurait la maintenance de machines installées par des entreprises qui sont aujourd'hui nos concurrents. Cela nous a permis de voir leurs points faibles et de ne pas répéter leur erreurs !

Nous avons investi énormément dans la recherche et développement (un brevet déposé et un autre en cours) pour obtenir un produit fiable et de qualité. Nous sommes aujourd'hui 10 employés à Eolys mais épaulés par notre sous-traitant vendéen, l'entreprise Bouy, qui travaille avec des géants de l'aéronautique. Leur expérience et leur connaissance du process industriel nous assurent une légitimité et la possibilité de proposer des éoliennes haut de gamme."

C'est peut être l'une des rares entreprises qui a connu une telle envolée de son chiffre d'affaire au début de son activité que son gérant a souhaité prendre du recul, pour vendre moins mais mieux.

Les éoliennes Eolys sont des produits haut de gamme. Elles disposent de technologies de pointe pour faciliter la gestion et l'entretien des éoliennes : écran tactile, application smartphone pour suivre les données, prise en main à distance, etc.

"La qualité est le seul moyen d'avoir de la valeur ajoutée si vous voulez travailler en France. Il faut proposer un produit certes cher, mais de qualité pour avoir un marché ! Mais la législation française n'est pas avec nous… C'est pourquoi en 2013, nous nous attaquons aux marchés italiens et belges où le petit éolien est reconnu et bénéficie de tarifs avantageux.

Et nous préparons pour 2014 notre arrivée sur le marché du Royaume-Uni, sachant que nous devrons adapter nos machines à leur réglementation car, selon les pays, les normes de sécurité ne sont pas les mêmes..." explique Jérôme.

En France : la "mort du petit éolien"
Les professionnels du petit éolien ont de quoi en vouloir à la loi Grenelle 2 de 2010 qui a profondément remis en cause la législation de l'éolien. Car la loi a mis tous les oeufs dans le même panier : grand et petit éolien.

Le petit éolien a l'avantage de travailler en circuit court. On installe le lieu de production près du lieu de consommation. Avant 2007, le petit éolien disposait d'un tarif d'achat : on pouvait injecter dans le réseau EDF l'électricité produite par son éolienne domestique et ainsi se faire racheter son électricité. Impossible depuis la loi Grenelle 2. Du moins pour le petit éolien car cela est toujours possible pour les parcs éoliens.

Jérôme Bousquet explique que "la France est le seul pays d'Europe à n'avoir rien compris !" En effet, impossible désormais pour les petites éoliennes de s'installer en dehors des zones de développement éolien (ZDE). Voir la carte

En effet, les ZDE ont par définition l'obligation de recueillir au moins cinq éoliennes et d'être construites le plus loin possible des habitations (au moins 500 m). Difficile dans  ces conditions d'avoir un circuit court de l'énergie… Et même si EDF rachetait l'électricité, ça serait pour 0,082 € le kWh (autour de 0,20€ au Royaume-Uni)… C'est rentable pour des grands parcs éoliens, économie d'échelle oblige, mais pas pour une seule éolienne qui alimente une seule maison…

Eolys, et quatre autres constructeurs (Eole System, Nheolis, Noveol et OK Wind) ont créée SYpEO, le syndicat du petit éolien, pour alerter le gouvernement sur cette aberration législative. "Ce sont des emplois qui pourraient être créés, une économie locale dynamisée !"

Jérôme Bousquet, actuel Président, a remis à Delphine Batho, Ministre de l'Ecologie, un livre blanc des constructeurs français du petit éolien dans lequel sont montrés en exemple des voisins européens qui ont su faire du petit éolien un axe majeur du développement des énergies renouvelables. En terme législatif, ils ont su aussi différencier le grand éolien du petit éolien car ce ne sont pas les mêmes technologies, les mêmes infrastructures et les mêmes besoins.

Le risque est que ces entreprises qui proposent une technologie éolienne haut de gamme se tournent uniquement vers l'export. Et que subsistent uniquement des technologies bas de gamme. Le gérant d'Eolys parle d'escroqueries comme l'éolienne de pignon. Installée à même le pignon d'une structure, elle bénéficie de peu de vent et ainsi ne peut fournir l'électricité nécessaire pour la consommation du foyer. De plus, elle fragilise la structure même de la maison.

De même, il faut qu'une éolienne fasse au moins 18 mètres de haut pour avoir un rendement suffisant. Certes, il faudra un peu plus de paperasse car au-dessus de 12 mètres, un permis de construire est obligatoire.


Les conseils de Jérôme Bousquet
Jérôme Bousquet conseille aux personnes intéressées de bien se renseigner sur les produits  : "Evitez le low coast d'origine chinoise souvent en panne et qui peut être dangereux. Imaginez si une pale se détache…".

Première chose à faire : étudier le potentiel éolien (= gisement éolien) et donc faire appel à un bureau d'étude qui viendra faire une étude des vents calculée numériquement et donc très fiable. Si le commercial que vous avez en face de vous commence à vous sortir des cartes papiers des vents, fuyez ! Coût : 500 €

Ensuite, renseignez-vous pour choisir une société qui fabrique des éoliennes. Et surtout, déplacez-vous sur le terrain pour observer l'une de leurs réalisations en état de fonctionnement.
En fonction de l'étude des vents et de l'estimation annuelle de la consommation de votre foyer, on vous conseillera l'éolienne la plus adaptée. Sachez que vous pouvez être complètement autonome énergiquement avec une seule éolienne si vous choisissez le bon modèle en fonction de votre consommation et de l'étude des vents. Il faudra également anticiper un éventuel agrandissement de la maison et le développement, d'ici quelques années, des véhicules électriques.

Même si en France le marché est quasi-inexistant, certains, férus de technologies, militants ou philanthropes, font le choix d'acquérir une éolienne pour leur habitation. Par contre, il faut avoir les moyens : comptez 30 000 € pour une éolienne de 6 kW et jusqu'à 170 000 € pour une éolienne de 50 kW.

"Nous fabriquons des éoliennes haut de gamme, mais faites pour durer : 40 ans en moyenne" précise Jérôme, qui a souhaité dès le départ proposer un produit durable et de qualité. Sensibilisé très jeune au développement durable, adhérent Greenpeace depuis ses 18 ans, il a trouvé avec Eolys le moyen de conjuguer éthique personnelle et entrepreneuriat durable.

La société devrait connaître un développement dans les 2 à 3 années à venir en espérant que la France ouvre son cadre législatif pour valoriser sur son territoire son très médiatique "made in France".

A lire, à voir :
L'article de Médiapart pour mieux comprendre le cadre législatif du petit éolien
Le site internet du syndicat du petit éolien, SYpEO