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Enquête

En Loire-Atlantique, les AMAP ont besoin de plus de mangeurs

22/03/2012 | Stéphanie Lechêne
Des produits bio, on en trouve partout : en grande surface ou sur internet, on vous livre à domicile ou même sur votre lieu de travail. Mais connaissez-vous vraiment l'origine des produits que vous consommez ?

 Adhérer à une AMAP, c'est l'assurance de consommer des produits sains en connaissant les conditions de production. Le consommateur s'engage contractuellement avec un producteur pour une période de 6 à 12 mois. Par cet engagement, vous soutenez le producteur via une juste rémunération de sa production et en lui assurant une trésorerie régulière. Et, en cas de besoin, aléas climatiques ou autres, les AMAPiens peuvent être amenés à donner un coup de main sur l'exploitation du producteur.L'AMAP repose sur des valeurs solidaires qui doivent rester une référence en la matière. Un appel aux mangeurs de Loire-Atlantique est donc lancé pour pérenniser les AMAP et combattre des pratiques moins vertueuses.Patrice Hurel du collectif des AMAP 44, nous explique pourquoi, selon lui, le nombre d'AMAP ne progresse plus en 2012 (95 AMAP en 2010 à 103 AMAP en février 2012) et comment le consommateur doit absolument redevenir acteur de ce qu'il achète. 



"De 2007 à 2009, de nombreuses familles ont souhaité consommer autrement en adhérant à des AMAP. 
Les agriculteurs n'ont pu répondre à cette demande croissante, victimes de l'inertie d'un système agricole à passer au bio (conversion des terres en agriculture biologique, formation des jeunes agriculteurs, problème de foncier : où trouver des terres proches des mangeurs ?

). Impossible alors de répondre à la demande dans un délai aussi court.

2010 est l'année de l'équilibre entre les mangeurs et les producteurs = autant d'offre que de demande.



En 2011, les AMAP n'intéressent plus les médias, elles sont déjà en terrain conquis et ne sont plus synonymes d'innovation auprès des Français. Et puis la crise de 2008-2009 est un frein au pouvoir d'achat, la qualité n'est plus une priorité sur le prix.


Les grandes et moyennes surfaces en profitent pour récupérer le marché du local et du bio grâce à une vaste opération marketing : le bio est devenu très tendance et porteur de croissance.

Mais on trompe le consommateur ! Ce n'est pas parce qu'on met la photo d'un paysan local sur un produit en tête de gondole parmi une centaine d'autres qu'ils sont tous produits dans les mêmes conditions. En général, le bio des GMS vient de l'autre bout de la planète, produit dans des conditions humaines peu décentes. Il faut savoir que les marges brutes des grandes surfaces sont de l'ordre de 25% sur les produits alimentaires frais…

La question de la marge est un autre élément qui redonne sens à l’AMAP : acheter au prix juste donne plus de confiance et de valeur à la relation entre le consommateur et le producteur.

Autre frein, la vente en ligne qui trompe le consommateur en faisant croire qu'il s'agit d'une vente directe, alors qu'il existe plutôt d'un "écran de fumée très opaque". 
Il existe beaucoup de structures privées qui proposent des paniers bio ou des points relais de distribution mais tous prennent une marge car ce sont des intermédiaires entre le consommateur et le producteur.


Tous ont grappillé sur le terrain des AMAP en proposant une offre de produits et services diversifiée mais cela ne permet pas de soutenir l'agriculture paysanne, mais davantage une récupération trompeuse du concept et un outil de marketing.



On ment au consommateur en lui faisant croire qu'il fait bien en achetant ses produits bio au supermarché. Certes, les AMAP n'ont pas la prétention de remplacer les grandes surfaces mais elles permettent d'éveiller la conscience des gens et de les placer en consom'acteur.



En 2012, quelques producteurs n'arrivent plus à écouler leur marchandise en AMAP et se tournent donc vers des circuits plus longs ou retournent faire des marchés. Une aubaine pour les grandes surfaces qui en profitent pour les mettre en concurrence et acheter au plus bas. Mais sur les étals, le prix reste le même et vous ne savez toujours pas d'où viennent vos produits…

Les grandes surfaces sèment la confusion entre des produits étiquetés bio mais produits à l'autre bout du monde et la production locale mais ils ne peuvent les associer sans écraser les prix sur le dos des producteurs.
"

Pour conclure, Patrice Hurel lance un appel aux consom'acteurs : les AMAP ont encore besoin de mangeurs et donc besoin de visibilité. Vous êtes amapien ? Partagez ce mode de consommation solidaire et équitable autour de vous. Vous voulez rejoindre ou créer une AMAP, vous trouverez tous les renseignements sur le site internet d'AMAP44.

Un peu de lecture
Voici la synthèse d'une enquête réalisée auprès de 102 AMAP et de 120 producteurs entre décembre 2011 et janvier 2012 par l'inter-AMAP de Loire-Atlantique. Un taux de réponse de plus de 50 % et représentant près de 3200 paniers hebdomadaires. Télécharger l'enquête en intégralité