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2030 : comment nourrira-t-on Nantes et sa périphérie ?
Bruno Parmentier ouvre la discussion. Excellent orateur, il déroule quantité d'informations avec beaucoup d'humour (noir) sur l'évolution de l'agriculture et son avenir dans les 15 années à venir.
"Savez-vous que l'on gâche l'équivalent d'un département en terres agricoles tous les 7 ans en France ? Il est urgent d'arrêter d'urbaniser les campagnes. Il faut des paysans autour des villes. Moi, quand je sors de Nantes et que je vois des paysans, et bien ça me rassure ! Elevons des paysans dans la périphérie nantaise. Et pour cela, il faut qu'ils puissent vivre de leur travail.
En 1960, on dépensait 1/4 de notre salaire pour manger. Aujourd'hui, on dépense seulement 12 % de notre salaire. Donc on dépense deux fois moins pour manger et deux fois plus pour se loger. La nourriture n'est donc pas chère.
Il y a eu d'énormes progrès techniques en agriculture. Si bien qu'on ponctionne toujours un peu plus les ressources naturelles pour pouvoir manger. Exploiter la terre est devenu facile avec la mécanisation. Le problème commence maintenant où il faut produire plus avec moins de ressources.
Dans le monde, les champs cultivés avec des OGM représentent 10 fois la superficie de la France. 14 millions d'agriculteurs sèment des OGM dans le monde, c'est plus d'agriculteurs que dans toute l'Europe.
Il nous reste aujourd'hui que mère-nature pour subvenir à nos besoins...
Il existe deux familles d'agriculteurs : les écologistes et les productivistes. Ils ne s'aiment pas trop mais les deux ont raison.
En écologie, on n'est pas très bons, on débute tout juste. Le meilleur c'est bien évidemment l'agriculteur bio mais là, c'est comme la religion, beaucoup de croyants et peu de pratiquants…
Un exemple, en Autriche, la bio représente 17 % de la production. En France, c'est seulement 3 %. Tout agriculteur qui passe au bio va perdre entre 30 % et 40 % de sa production. Donc il faut intensifier la bio en intensifiant la production.
On a inventé un terme : agriculture écologiquement intensive, il fallait oser ! C'est à dire trouver de nouvelles technologies qui permettent de produire plus avec moins.
On couvre les champs pour les protéger des intempéries, on coupe les haies pour que le tracteur s'exprime, on ne laisse pas la terre se reposer, etc.
Donc, il faut plus de terres pour les agriculteurs, il faut des technologies adaptées mais il faut aussi, côté consommateur, arrêter de gâcher ! Le 1/3 des récoltes mondiales est jeté. 100 kg de nourriture par an et par personne sont jetés en France.
On mange beaucoup trop de viande et de lait. Un européen va manger en moyenne par an 7 boeufs, 9 chèvres, 24 000 oeufs, 20 000 litres de lait dans sa vie. Un français mange 80 kg de viande par an, c'est trop !
On mange plus que nos ancêtres, on vit aussi plus longtemps mais il y a aussi plus de problèmes de santé. Notre manière de manger est devenue mauvaise pour la santé et exécrable pour la planète.
A nous aussi de réfléchir à quelle planète on veut. Quand on veut manger pas cher, on se paie du poulet surgelé brésilien nourri au soja au détriment de la forêt vierge. Alors comment faire pour manger bio, local équitable ?
Il existe les AMAP (association pour le maintien de l'agriculture paysanne : le consommateur signe un contrat avec un producteur et est livré de ses produits une fois par semaine). Il y en a 100 en Loire-Atlantique. il faudrait 8000 Amap pour nourrir Nantes. C'est anecdotique du point de vue économique mais fondamental du point de vue culturel. Mais il faut s'occuper aussi de comment est produit 95% de la nourriture.
La parole est à Jean-Michel Péard, exploitant avec son frère sur une ferme altière bio à Saint-Omer-de-Blain.
J'ai bossé 10 ans chez Mars au service marketing, je connais bien le secteur agroalimentaire qui a pour objectif de faire du profit. J'ai commencé à me poser des questions car j'ai eu des enfants et je n'étais pas très serein en rentrant chez moi en connaissant leur mode de commercialisation et de pénétration des marchés. Par exemple, l'introduction de distributeurs de barres sucrées et sodas dans les écoles...
Ce sont l'agroalimentaire et la grande distribution qui nourrissent la planète aujourd'hui et pas les agriculteurs.
Avec mon frère, nous avons eu le désir de reprendre la ferme de mon père, en Mayenne, qui était en intensif pur. Avec le même quota on voulait faire du bio mais impossible avec la superficie dont nous avions besoin.
On a donc atterri en Loire-Atlantique avec une pression foncière moins forte, et on a converti en 2 ans notre ferme en bio. Nous souhaitions faire des produits dont on soit fiers et jouer sur la qualité.
Nous avons donc 45 vaches laitières qui mangent de l'herbe. 200 000 litres de lait partent en UHT. Et 100 000 litres partent en transformation dans des supermarchés ou magasins bio. 6% dans les AMAP, 25 % en restauration collective (avec Manger bio 44).
Nous produisons notamment des yaourts de qualité car notre lait est de qualité. Notre intérêt était de vendre localement : il a fallu convaincre nos distributeurs type magasin bio que nos produits seraient également vendus en grande surface. Du coup, le yaourt est vendu au même prix mais c'est le magasin bio qui fait moins de marges. Marge de la grande surface : 23 %.
En AMAP, la vente en vrac est un réel avantage : nous ramenons nos seaux de 10 litres et les amapiens amènent leur contenant pour se servir. Moins d'emballage mais plus de temps de livraison.
Comment je me vois dans 10 ans ? Pouvoir transformer et vendre nos produits localement. Ne pas développer la ferme mais pouvoir répliquer le même savoir-faire avec d'autres agriculteurs et d'avoir un maillage avec ce mode de distribution et de commercialisation.
En France, 98 % du lait sont transformés par les industriels. On vend du lait demi-écrémé et pourquoi ? Car on enlève la crème et donc des éléments nutritifs pour fabriquer d'autres produits.
Je suis d'accord avec Bruno Parmentier pour changer notre façon de manger : moins de viande, plus de légumes et de fruits. Et si on arrive à moins gaspiller, je pense que l'agriculture bio pourra nourrir le monde. Mais pas dans une dimension industrielle, le mot intensif me fait peur… Il faut recréer des boucles locales plutôt que des logiques industrielles.
Diffusion de deux films réalisés par Victor Massio et Laurent Lebot, deux designers de l'agence Falatzi qui expliquent le principe des Ekovores. Voir les films sur le site internet des Ekovores.
Ces deux designers ont pour gagne-pain la création de petits appareils électroménagers pour des grands industriels mais ce qui les passionne vraiment, c'est la recherche sur les filières de production agricole et la valorisation des déchets.
Un designer n'est pas seulement un styliste qui enveloppe des mécanismes techniques mais peut attaquer des choses plus en profondeur.
Vierges de toute connaissance en la matière, ils lisent de nombreux livres, visionnent des films, font des rencontres avec des spécialistes. Ne rien connaître de l'agriculture permet de ne pas avoir de parti pris, au départ.
Nous avons découpé notre travail en 4 filières : filière production agricole, la transformation, la distribution et la valorisation des déchets biodégradables.
Il faut penser l'agriculture pour que chaque pays arrive à être autonome, il faut favoriser les potentiels locaux.
Nous avons pensé, inventé des procédés pour réintroduire des filières agricoles au coeur des villes : composteur collectif, toilettes sèches, poulaillers urbains, etc. Il faut également créer des systèmes de liaisons directes entre mangeurs et distributeurs. Et donc ne pas caricaturer les AMAP mais trouver comment les faire évoluer.
Bruno Parmentier répond à cela :
"J'encourage, ceux qui peuvent, à rentrer dans des circuits de distribution courts mais cela ne représentera pas la majorité des 800 000 habitants de l'agglomération nantaise. Au XXIème siècle c'est normal de faire attention et de changer nos pratiques.
Aujourd'hui, le problème est grave : les pays riches du Moyen-Orient achètent des terres pas chères, en Afrique par exemple, pour subvenir à leurs besoins. Nous avons fait la même chose ! C'est une colonisation agricole.
On peut augmenter la productivité en allant dans le sens de la nature et abandonner les tracteurs, dans les pays tropicaux humides par exemple où il y a un vrai potentiel."
Jean-Michel Péard :
"Il y a 25% de minéraux en moins sur un litre de lait conventionnel que sur un lait bio. Pour cela, il faut aussi un cahier des charges strict pour ne pas que les industriels fassent du bio en intensif.
Ce que j'aimerais voir pour Nantes 2030, ce sont des circuits locaux en périphérie de la ville pour que les citadins reprennent conscience de comment la nourriture est produite. J'aime beaucoup l'idée des Faltazi d'avoir deux poules dans son jardin.
Et puis, il faut arrêter de gaspiller.
Le bio est il réservé aux riches ?
Cela dépend de l'intérêt qu'on porte aux choses : est ce que c'est plus important de bien se nourrir ou d'avoir le dernier téléphone portable ?
Les produits les plus chers ce sont les aliments 1ers prix car ils sont pauvres en nutriments (arômes chimiques, conservateurs, etc.).
En bio, quand on aura les volumes, on sera meilleur ! Il faut qu'on soit plus compétitif sur la transformation, en maraîchage, c'est plus le cas car il n'y a pas de transformation."
Bruno Parmentier :
"Les rendements mondiaux n'existent plus car nous n'avons plus assez d'années excédentaires ; le taux de céréales est au plus bas depuis la seconde guerre mondiale. La demande en céréales augmente plus vite que nos capacités de production sans parler des incidents climatiques qui pèsent sur les plaines céréalières et donc qui menacent la paix mondiale…
Il y a tout intérêt à produire plus pour ceux qui ne pourront pas produire assez : de la solidarité."
Faltazi :
"Il faudra bientôt les ressources de 5 planètes si on continue à manger autant de viande. Il faut moins de viande, mieux de viande, et donc mieux pour tous."
Dans la salle, des questions autour de l'autonomie alimentaire. S'il n'y a plus de pétrole, il n'y a plus de soja pour nourrir les bêtes et donc plus d'élevage… Nous devrons donc faire avec nos ressources locales.
Sur la question des emplois, Les Faltazi défendent leurs concepts urbano-agricoles générateurs d'emplois "verts" spécialisés (maîtres-composteurs, père-poule, etc.)
Une question sur les friches autour de Nantes (3 à 4000 hectares). Bruno Parmentier explique que ces terres sont polluées et ne devraient accueillir que des usines. Pas question d'y mettre des exploitations bio.
Et puis, la propriété foncière bloque toute exploitation. C'est aux collectivités d'y remédier.
L'élue de Nantes métropole explique que ces friches ne sont pas toutes réutilisables, qu'elles sont aussi disséminées. Elle met en avant les 10 hectares, certes modestes, de jardins familiaux qui alimentent 100 familles sur le territoire.
Fin de la conférence, vous pourrez assister à la prochaine édition le 7 mars sur la mobilité collective à 18h30.
En présence de Pierrick Beillevaire (architecte), Nicolas Visier (Atlanbois) et Michel Bertreux (architecte).
Ecole d'architecture de Nantes.
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